Rapides

J’ai fermé les yeux

Et parcouru mes rêves :

J’y ai retrouvé

L’arbre

Le fruit

Le ciel verdoyant

La route poussiéreuse

La nuit impénétrable et la lumière fulgurante

Les parcours incertains

Les portes entrouvertes et les portails fermés

La pluie torrentielle

Les rires

Les premières amours

Les roulements du fleuve

Les regards complices

Et le rythme rocailleux

Des rapides

Prémices de la rupture à venir

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Futile

J’ai séché.

Les mots se sont retranchés, comme souvent, comme le Soleil devant la majesté du nuage de mon enfance.

Troublant comment les mots nous peuplent mais nous fuient, comment ils sont nôtres tout en étant autres, amants étrangers d’une nuit.

Maîtres et serviteurs qu’on ne saurait déranger.

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Les Rails

L’horizon éloigné le reste. Pas plus tard qu’hier j’ai arpenté les chemins troubles des jours à venir et suis rentré bredouille. Encore et toujours. Les mains vides, pleines de rides que je lis en diagonale. Banal, comme l’idée que la vie serait un voyage. Banale car vraie, vraie car qu’est-ce qu’elle pourrait bien être d’autre : on sait tous d’où on vient et où on va. La seule question est de savoir par quel chemin. Ce dernier, lui, est aussi important aujourd’hui qu’il sera insignifiant demain, à l’heure des comptes.

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Juste-avant

Il y a un moment rare, un moment furtif, extrêmement précieux, périculeusement fugitif. Qui disparait à peine remarqué : c’est le moment juste-avant.

C’est le moment fugace, non pas avant d’ouvrir un livre, mais celui après la couverture, après les pages de garde, celui entre la page du titre et l’incipit. Nous sommes déjà dans le livre, déjà embarqués, néanmoins celui-ci n’a pas encore réellement commencé. Nous sommes encore sur le seuil d’étendues nouvelles et de promesses réitérées. Porte vitrée sur le monde de l’écrivain qui offre son intériorité au revers de la page : c’est l’heure d’une dernière pudeur.

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